jeudi 17 octobre 2013

LA SAINTE MESSE CATHOLIQUE ROMAINE

I. Première partie


1. CHANT D’ENTRÉE

Avant la célébration dominicale, l’unité de la communauté chrétienne est réelle, mais invisible. Le chant contribue à rendre visible l’unité créée par l’assemblée et sa fonction est de préparer à l’Eucharistie, c’est-à-dire à une action de grâce pour la Parole de Dieu reçue et pour le pain partagé en priant doublement selon ce que disait St Augustin : « Chanter, c’est prier deux fois ».


2. BAISER DE L’AUTEL

L’autel, point central de l’église symbolise le Christ, pierre d’angle rejetée des bâtisseurs (Ac, 4,11). Ainsi, l’autel est :
*        le lieu où s’accomplit le sacrifice parfait dont on retrouve les préfigurations dans l’Ancien Testament.
*        il est aussi le centre de l’action de grâce, la table où se célèbre le repas du Christ et, en même temps,
*        le signe du Christ Jésus au milieu de la communauté.
*        il symbolise aussi le tombeau des martyrs sur lequel les premiers chrétiens célébraient l’Eucharistie.

Avec le temps, l’Église a pris l’habitude de sceller les reliques d’un saint dans une pierre encastrée dans l’autel : c’est la pierre d’autel. Sur cette pierre sont gravées cinq croix en rappel des cinq plaies de Jésus crucifié.

Le baiser que le prêtre fait sur l’autel au début de la célébration est un geste de vénération et de respect envers le Christ. Il indique que tout est référé au Christ, Lui qui est l’autel, le prêtre et la victime (Hb 4,14s). Ayons donc du respect pour l’autel, saluons-le avec dignité lorsque nous passons devant lui, car il est l’endroit où se renouvelle quotidiennement le sacrifice de Jésus au Calvaire.

3. LE SIGNE DE LA CROIX

C’est le signe des chrétiens qui se rappellent que Jésus est mort sur la croix par amour pour tous les humains. Au début de la messe, avec tous ceux qui sont rassemblés, nous traçons sur nous ce signe. Il doit être ample pour nous envelopper comme s’il était un vêtement ; le vêtement du chrétien, sa véritable dimension. Toutes les prières du chrétien devraient débuter et s’achever par ce signe de foi en Dieu Père, Fils et Saint-Esprit.

Naturellement, ce signe n’est pas un geste magique qui nous confère des pouvoirs quelconques. Il n’est qu’un signe qui veut nous remettre en mémoire notre véritable condition de chrétien et par là, nous inviter à vivre en correspondance avec ce que nous sommes.

L’assemblée adhère à cette profession de foi qui manifeste son identité chrétienne en répondant « AMEN », c’est-à-dire « OUI, nous y croyons ».

4. SALUTATION AU PEUPLE

Après le signe de la croix, le prêtre continue la célébration en saluant le peuple de Dieu par une des trois formules suivantes :
- « Le Seigneur soit avec vous » (2 Th 3,16)
- « La grâce de Jésus notre Seigneur, l’amour de Dieu le Père et la communion de l’Esprit Saint soient toujours avec vous » (2 Co 13,13)
- « Que Dieu, notre Père et Jésus-Christ notre Seigneur vous donnent la grâce et la paix » (1 Co 1,3 ; Ep 6,23).

Ces formules de salutation au peuple de Dieu sont les formules utilisées par les apôtres dans leurs lettres destinées aux premières communautés chrétiennes. Elles expriment la même certitude de foi qui anime l’assemblée chrétienne : Dieu est au milieu de nous et c’est Lui qui nous rassemble.


En effet, ces salutations nous rappellent que Jésus est toujours présent au cœur de son Église comme Il l’a promis : « Lorsque deux ou trois seront réunis en mon nom, je serai là au milieu d’eux » (Mt 18,20). Ainsi, c’est Dieu qui s’adresse à son Église par la bouche du prêtre.

Le peuple répond alors au prêtre « Et avec votre esprit » (Ph 4, 23), c’est-à-dire avec la capacité qu’il a reçue lors de son ordination de présider la messe.

5. RITE PENITENTIEL ET KYRIE

Le prêtre invite l’assemblée à « se reconnaître pécheur », c’est-à-dire à demander la grâce d’un cœur contrit de ses péchés. Le rite pénitentiel est une excellente préparation pour accueillir la parole de Dieu et pour communier en vérité au Corps et au Sang du Christ. Cela nous remet à notre juste place. En effet, nous appartenons à un peuple de pécheurs pardonné et sanctifié par le Christ. Il s’agit de demander et d’accueillir la grâce de Dieu pour nous reconnaître pécheur : de nommer dans le secret de notre cœur tous ces manquements qui sont éloignements de Dieu et dont nous serons purifiés par la grâce de l’Eucharistie.

Pour nous, prendre la mesure de notre péché, c’est prendre la mesure de l’amour de Dieu qui nous pardonne. Pour vivre le rite pénitentiel, quatre formules sont proposées :
- Le « Je confesse à Dieu », l’une des plus anciennes prières. Confesser, c’est à la fois avouer et reconnaître : c’est faire ou laisser Dieu faire la vérité dans notre vie. Cette prière nous situe concrètement en responsabilité devant Dieu et nos frères.
- La seconde prière, faite de versets de psaumes dialogués entre le célébrant et l’assemblée :
  • Seigneur, accorde-nous ton pardon.
    • Nous avons péché contre Toi.
  • Montre-nous ta miséricorde.
    • Et nous serons sauvés.
- Le prêtre peut dire ou chanter ces invocations :
  • Seigneur Jésus, envoyé par le Père pour guérir les hommes - Prends pitié de nous
  • Christ, venu dans le monde, appeler tous les pécheurs - Prends pitié de nous.
  • Seigneur, élevé dans la gloire du Père où tu intercèdes pour nous - Prends pitié de nous.
Le Kyrie Eleison suit le rite pénitentiel sauf dans la troisième formule où il est intégré. C’est une prière (en grec) héritée des origines de l’Église. Ce rite litanique reprend la demande de miséricorde adressée à Jésus par les aveugles et d’autres malades : « Seigneur, prends pitié, O Christ, … » (Mt 15,22 ; Mt 20,30 ; Mc 10,47)
- La quatrième formule du rite pénitentiel est l’aspersion d’eau bénite sur l’assemblée

6 – GLOIRE A DIEU

Dieu est bon ! Il est grand ! Il fait des merveilles et nous sommes heureux de savoir qu’Il nous aime. C’est pourquoi nous Le chantons : « Gloire à Dieu ……… ». C’est un des plus vieux hymnes de l’Église. Il commence par l’annonce des anges aux bergers : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre aux hommes qu’il aime » (Luc 2,14)

C’est une prière de louange, d’action de grâce, une acclamation à Dieu qui par la naissance du Messie, vient sauver son peuple et lui fait don de son amour. De nos jours, le Gloria est proclamé à chaque messe dominicale, à l’exception des dimanches appartenant aux temps de pénitence, Avent et Carême.

7 – COULEURS DES TEMPS LITURGIQUES.

VIOLET : Couleur austère qui incite à la réflexion et à la pénitence. Cette couleur est utilisée durant le temps de l’Avent pour nous préparer spirituellement à la venue de Jésus à Noël, et durant le Carême, afin de signifier notre désir de pénitence et de conversion.

VERT : Couleur de vie. Le vert des vêtements liturgiques symbolise la vie quotidienne qui doit être empreinte d’espérance dans la vie éternelle.

BLANC : Couleur de la lumière et de la résurrection, couleur des vêtements du Christ transfiguré qui révèle sa divinité. On l’utilise pour les grandes fêtes : Noël, Pâques, la Toussaint, le Christ-Roi et les fêtes des saints.

ROUGE : Couleur du sang qui symbolise le martyre et le témoignage de foi et d’amour des apôtres et des saints martyrs, c’est aussi la couleur du feu de l’Esprit Saint qui se répand dans le cœur des apôtres à la Pentecôte.

ROSE : Couleur employée pour deux dimanches dans l’année, en vertu d’une vieille coutume papale.
Ces deux dimanches ont conservé le nom de Gaudete pendant l’Avent et de Laetare pendant le Carême, car leur chant d’entrée commençait par ces paroles latines : ils sont centrés sur la joie de la proximité du Seigneur et sont une pose au milieu des temps de pénitence.

8 - PRIÈRE D’OUVERTURE.

Le célébrant prend la parole et dit : « Prions le Seigneur ». Puis le prêtre dit la prière d’ouverture qui reprend généralement le thème du dimanche ou de la fête célébrée. La formule de conclusion situe exactement notre prière dans la relation à Dieu notre Père, par le Fils, dans l’Esprit.

Elle s’achève par « pour les siècles des siècles », traduction d’une expression hébraïque qui signifie que la souveraineté divine à laquelle nous accédons par la prière dépasse toute durée humaine et nous plonge dans le déploiement de l’histoire jusqu’à son achèvement à la fin des temps quand « l‘univers entier sera réuni sous un seul chef, le Christ » (Ep. 1,10). L’assemblée adhère à cette prière en répondant « Amen » qui signifie « Oui, c’est vrai ! ».

II. LA PAROLE DE DIEU


9 – LA PAROLE DE DIEU

A la messe, les chrétiens écoutent la Parole de Dieu. Cette parole transmise dans la Bible, a été écrite par de nombreux auteurs pendant des centaines d’années à travers des récits, des histoires, des poésies, des proverbes, des chants, des cris de douleur et de joie.
L’entendre ne suffit pas, l’écouter ne suffit pas. La Parole doit entrer dans notre cœur comme une nourriture. Elle doit rejoindre notre vie comme une lumière qui lui donne du sens et la fait entrer dans la grande histoire du Peuple de Dieu, dans la grande histoire de l’humanité.

10 – LES LECTURES DE LA MESSE

A la messe, on fait trois lectures :
La première est tirée d’habitude de l’Ancien Testament qui contient la Loi de Yahvé, les écrits des prophètes, l’histoire du peuple d’Israël et des écrits de sagesse.
Pendant le temps de Pâques, cette lecture est tirée des Actes des Apôtres qui racontent les débuts du nouveau peuple de Dieu qu’est l’Église.
Cette lecture est toujours en relation directe avec l’Évangile de manière à ce que le texte de l’Ancien Testament annonce une promesse de Dieu qui sera accomplie par Jésus dans l’Évangile.

La deuxième lecture est tirée des lettres des Apôtres : Pierre, Paul, Jean ou Jacques. Elle se fait en mode de lecture continue afin de nous faire connaître l’enseignement des Apôtres qui est à la source de notre vie chrétienne.

La troisième lecture est un extrait de l’Évangile qui répond à la première lecture dans un dialogue d’Alliance entre Dieu et son Peuple (Matthieu, année A, comme cette année ; Marc, année B ; Luc, année C ou Jean qui est plus particulièrement lu à l’occasion de certaines fêtes).

11 - LE PSAUME

Le psaume, lu après le premier passage d’Écriture est le lien profond entre les trois lectures. Les cent cinquante psaumes, « résumé de toute l’Écriture », sont en quelque sorte la plaque tournante qui permet d’aller de la Parole du Père à la Parole vivante du Fils en rejoignant l’expérience de l’Esprit Saint. Ils nous accordent au chant de Dieu en nos cœurs.


12 – ALLÉLUIA ET ÉVANGILE

Alléluia est un mot hébreu qui signifie « louez Dieu ». C’est une invitation à la louange qui a pour fonction de mettre en relief la parole de l’Évangile.

Les trois petites croix que nous traçons sur notre front, sur nos lèvres et notre cœur avant d’écouter l’évangile est un geste simple qui accompagne les paroles que le prêtre prononce à voix basse : « que cette Parole, Seigneur, éclaire mon esprit afin qu’Elle inspire toutes mes paroles et qu’Elle transforme mon cœur et ma vie ».

L’assemblée se lève. Dans la gestuelle symbolique chrétienne, c’est se redresser tel le paralysé grabataire remis sur ses deux pieds par Jésus (Lc 5, 25). C’est aussi l’attitude du Christ ressuscité : « Jésus se tint là, debout au milieu d’eux » (Mc 16, 9). Une assemblée debout est une assemblée de ressuscités qui accueille la venue de Jésus ressuscité.

13 - L’HOMELIE DU PRETRE

Elle n’est pas une leçon catéchisme ni un exposé théologique, ni un exercice d’éloquence. Elle doit montrer comment la Parole peut éclairer notre vie aujourd’hui afin que nous puissions mieux en vivre dans notre quotidien.

14 – LA PROFESSION DE FOI DE L’ÉGLISE OU CREDO

En réponse à la Parole de Dieu, nous exprimons notre foi en Dieu comme au jour de notre baptême par le symbole des Apôtres ou le symbole de Nicée-Constantinople. Ce sont des textes très anciens dans l’histoire de l’Église, des « symboles », ce qui nous fait « tenir ensemble » dans la foi.

15 – LA PRIÈRE DES FIDÈLES ou PRIÈRE UNIVERSELLE

La prière des fidèles renoue avec une tradition ancestrale. La prière de cette assemblée-ci, limitée à ce lieu, à ce temps, s’élargit à la mesure de l’Église universelle, d’où son nom de « prière universelle ». C’est pourquoi une communauté particulière peut se dire catholique : elle ne célèbre pas sa liturgie mais celle de l’Église.

C’est une prière de demande qui est la forme complémentaire de la prière de louange, c’est l’autre manière de dire notre accueil au don de Dieu : « Seigneur, je ne peux reconnaître que j’ai tout reçu de Toi qu’en Te demandant encore ».

Voilà achevée la liturgie de la Parole. Elle se déploie, si riche et si belle, et dans un mouvement spirituel si dense et si sûr que nous passons comme de plain-pied, dans la liturgie de l’Eucharistie avec laquelle elle ne fait qu’un.

III. LITURGIE DE L’EUCHARISTIE


16 – QUÊTE

La quête se fait à ce moment-ci de la messe parce que c’est le gage concret de l’amour fraternel et la participation des chrétiens à la vie matérielle et aux besoins de l’Église. Autrefois, assez souvent, l’offrande était faite de dons en nature pour un partage des biens comme la collecte faite par St Paul pour l’Église de Jérusalem. L’argent recueilli est signe matériel de l’offrande que nous faisons de nous-mêmes, de nos forces et de nos énergies.


17 – PRÉSENTATION DES DONS, OFFERTOIRE

A la messe, le prêtre présente le pain et le vin. C’est parce que le Christ lui-même a utilisé ces aliments dont l’usage était rituel pour le repas de la Pâque juive. La messe préfigure le banquet des noces éternelles auquel le Christ nous invite tous.

Le pain demande beaucoup de travail, la plantation du blé, la récolte, la mouture du grain et la cuisson de la pâte. Le pain est donc un excellent symbole du travail patient et méticuleux de l’homme. De plus, des milliers de grains devenant un même pain forme l’image d’une Église constituée d’une multitude de différences. Le vin symbolise la vie et l’immortalité.

En présentant le pain et le vin, le prêtre dit une prière de bénédiction qui a pour but de reconnaître que tout nous vient du Dieu de l’univers. Elle s’inspire directement de la bénédiction juive que le père de famille prononçait au début du repas sur le pain. Elle a été récitée par Jésus au dernier repas avec ses apôtres.

Avant de présenter le vin, le prêtre y ajoute une goutte d’eau. Cette eau symbolise notre humanité qui s’unit à la divinité du Christ dans sa Passion.

Après la présentation du pain et du vin, le prêtre s’incline profondément devant l’autel et dit à voix basse : « Humbles et pauvres, nous te supplions, Seigneur : accueille-nous. Que notre sacrifice, en ce jour, trouve grâce devant Toi ». Cette courte prière nous montre avec quel esprit et avec quelle disposition de cœur il nous faut porter notre offrande à Dieu : simplicité et pauvreté.

Parfois, le prêtre encense le pain et le vin ainsi que les membres de l’assemblée eucharistique. Ce rite témoigne de l’honneur rendu à une personne ou à un objet. Il est aussi signe de la présence de Dieu et de notre prière qui monte vers Lui comme la fumée monte vers le ciel dans la prière du soir (Ps. I41, 2).

Ensuite le prêtre se lave les mains en disant : « Lave-moi de mes fautes, Seigneur, et purifie-moi de mon péché ». Ce rite a pris place dans la liturgie en fidélité au geste d’humilité et de purification que Jésus a pratiqué lors de la Cène (lavement des pieds).

18 – PRIÈRE EUCHARISTIQUE (PE) : LA PRÉFACE

Au début de la prière eucharistique, un dialogue inspiré des usages juifs s’instaure entre le président et l’assemblée : « Prions ensemble au moment d’offrir le sacrifice de toute l’Église ». En effet, la messe nous fait entrer dans l’action de grâce du Christ et de son Église « pour la gloire de Dieu et le salut du monde » (Vatican II : Lumen gentium, 11). Pour cela, « sursum corda ! », « élevons nos cœurs ! », « haut les cœurs ! », formule déjà attestée dans les catéchèses de Jérusalem.

Ensuite, la préface vient exprimer les motifs de notre eucharistie (mot grec qui signifie « rendre grâce » ou plus simplement « dire un merci émerveillé »). Le mot « préface » (du latin praefari) a été emprunté à la langue sacerdotale des anciens romains et signifie « prière à haute voix » pour accompagner un sacrifice et pour le consacrer en exposant son sens et son intention (cf. Louis Bouyer). La caractéristique propre de la liturgie romaine est d’avoir des préfaces adaptées aux temps liturgiques ou à la prière eucharistique choisie. Elles expriment un aspect particulier de l’histoire du salut et se terminent par le « sanctus ».

19 – PE : LE SANCTUS

C’est un chant d’acclamation : l’univers est rempli de la gloire de Dieu qui, en sa plénitude, est présent à toute chose. En Dieu, il n’y a que beauté, amour et perfection, Il est Dieu trois fois saint.
Le sanctus est formé de deux parties :
-l’acclamation d’Isaïe « Saint ! Saint ! Saint le Seigneur… » le jour où le mystère de Dieu se dévoilait devant lui et où lui était annoncée sa mission de prophète (Is 6, 3).
-l’acclamation de la foule : « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! Hosanna, au plus haut des cieux » (Benedictus,… » le jour où Jésus est entré dans Jérusalem (Rameaux).
La suite de la prière est appelée « canon » (d’un mot grec qui signifie « règle ») car c’est une partie fixe.

20 – LA PRIÈRE EUCHARISTIQUE

Toute la prière eucharistique est entièrement adressée au Père. Elle est dite et accomplie au nom du Christ pour son Église assemblée qui est ainsi unie à son sacrifice rédempteur dans l’Esprit Saint. Elle fait mémoire des gestes et des paroles de Jésus pendant son dernier repas, la Cène.

Avant le concile Vatican II, il n’y avait qu’une seule prière eucharistique, le canon romain. Depuis, l’Église donne le choix entre quatre prières eucharistiques principales auxquelles ont été ajoutées ultérieurement six autres prières : deux pour la réconciliation, trois pour les enfants et une pour les grandes assemblées (cette dernière pouvant être développée en quatre formes différentes).

Chacune des prières suit le schéma général :
a- louange du Père et invocation sur les dons (épiclèse),
b- le récit de l’institution eucharistique (consécration),
c- la prière de l’anamnèse et l’invocation de l’Esprit Saint sur la communauté (seconde épiclèse),
d- les prières d’intercession.

21 – a : ÉPICLÈSE DE CONSÉCRATION

Par l’épiclèse (du grec : « invocation sur ») qui est l’invocation de l’Esprit Saint sur les offrandes, nous demandons à Dieu le Père d’envoyer l’esprit pour sanctifier ce pain et ce vin afin qu’ils deviennent le Corps et le Sang de Jésus-Christ.

Après l’anamnèse, nous invoquerons également l’Esprit-saint sur les fidèles. En effet, de même que le Père a envoyé son Esprit sur la Vierge Marie pour qu’elle donne naissance au Christ, de même, le Père envoie de nouveau son Esprit sur la communauté pour qu’elle devienne le corps du Christ ressuscité.

22 - b : RÉCIT DE L’INSTITUTION EUCHARISTIQUE

Ce deuxième élément de la prière eucharistique est capital. On passe de l’invocation au récit : « la nuit qu’il fut livré… ». Toute prière eucharistique fait référence à l’événement de la dernière Cène que nous vivons dans la grâce de la croix et de la résurrection.

Ainsi, au nom du Christ et de son Corps, l’Église, le prêtre reprend les paroles de l’évangile et fait ce que Jésus a commandé de faire : « Faites ceci en mémoire de moi ». Le prêtre agit et parle dans la personne du Christ « in persona Christi ». Mystérieusement et "sacramentellement", le pain devient le Corps du Christ et le vin son Sang, non pas seulement symboliquement mais, réellement sous les apparences du pain et du vin.

Après la consécration, le prêtre interpelle l’assemblée en disant : « Il est grand le mystère de la foi » (1Tim 3, 9). Nous professons alors le cœur de notre foi : « Nous proclamons ta mort, Jésus ressuscité, nous célébrons ta résurrection, nous attendons ta venue dans la gloire ! ». C’est l’anamnèse.

23 – c : ANAMNÈSE

Anamnèse signifie « mémoire », mais c’est plus que se souvenir. C’est plus que répéter les paroles et les gestes de quelqu’un. Faire mémoire de la mort et de la résurrection de Jésus-Christ, c’est affirmer qu’ici et maintenant, Jésus-Christ continue de s’offrir pour la vie et le bonheur des hommes. Le prêtre demande à Dieu d’envoyer à nouveau son Esprit sur l’assemblée pour qu’elle devienne Église, c’est-à-dire Corps du Christ.


Cela fait penser à la parole de Paul Claudel adressée à André Gide « l’Église, voyez-vous, c’est une espèce d’immense incorporation eucharistique ».

24 – d : INTERCESSION

Dans les prières d’intercession qui suivent l’anamnèse, l’Église supplie le Père pour que l’œuvre du Christ se réalise en elle et dans le monde. C’est pourquoi, nous prions l’Église en mentionnant le pape, l’évêque du lieu et tous les autres, les prêtres, les diacres et tous les fidèles.

Nous prions aussi pour les fidèles défunts qui nous ont précédés dans la foi et enfin, pour cette communauté célébrante afin qu’elle soit rassemblée avec l’Église du ciel. Ce faisant, l’Église exprime la prière du Christ le Jeudi Saint qui loue son Père et intercède pour toute l’humanité.

25 – e : DOXOLOGIE

« Doxologie » vient du grec « doxa » = louange et « logos » = parole. C’est une prière de louange envers Dieu UN et TRINE : « Il n’y a qu’un seul Dieu et Père de qui tout vient, et un seul Seigneur Jésus-Christ par qui tout existe » (1Co 8, 6). Il est donc juste que toute louange remonte vers le Père par le Christ.

Cette doxologie finale « Par Lui, avec Lui et en Lui » veut d’abord dire que notre chemin vers le Père est Jésus, seul médiateur entre Dieu et les hommes. C’est effectivement grâce à Jésus que nous sommes sauvés et emportés dans la vie de Dieu son Père.

En ajoutant « dans l’unité de l’Esprit Saint », nous affirmons la puissance unifiante de l’Esprit.
Pendant cette conclusion de la prière eucharistique, le prêtre élève la patène contenant le Corps du Christ et le calice contenant son Sang pour montrer que le Seigneur est bien la victime offerte au Père par le sacrifice de la messe.

L’assemblée répond « Amen » qui est de fait, l’amen le plus solennel de toute la messe car il ratifie toute l’action sacerdotale du Christ renouvelée devant nous par les mains du prêtre.

26 – NOTRE PÈRE

C’est la seule prière que Jésus nous ait laissée ! La proclamation commune du Notre Père est le moment où se noue, dans la force de l’Esprit et dans le souvenir apostolique, une double identité :
-a - Dieu nous partage son nom. Le nom familier de « père », en réalité « papa » a été donné par Jésus à celui qui est au-dessus de tout nom, le Transcendant, le Très-Haut. Et nous osons dire ce nom de Père grâce à l’Esprit qui nous permet d’entrer dans cette étonnante intimité par la médiation de Jésus.
-b - Notre Dieu nous offre sa paternité. Il nous adopte et nous fait entrer dans son propre mystère. Quand nous, chrétiens, disons ensemble le Notre Père, nous sommes revêtus d’un respect et d’une dignité qui ne nous appartiennent pas mais qui viennent de Dieu même : « Reconnais, ô chrétien, ta dignité » (St Léon).
On se souvient de cette page de Péguy où l’humanité est présentée comme une immense flotte sur la mer. Au-devant de cette flotte, se trouve le bateau de Jésus qui présente ses deux mains comme une étrave fendant les flots et disant « Notre Père ». Et le Père ne voit que ces deux mains qui contiennent toute l’humanité.

27 – EMBOLISME ET RITE DE LA PAIX

L’embolisme, prière qui suit immédiatement le Notre Père, développe et amplifie la dernière demande de cette prière en suppliant le Seigneur de nous délivrer de toute sorte de mal et de nous donner dès maintenant le bonheur qui sera pleinement le nôtre lorsque Jésus reviendra dans la gloire. C’est là notre « bienheureuse espérance », l’avènement de Jésus-Christ, notre Seigneur comme le rappelle St Paul à Tite (Ti 2, 13).


« A Toi, le règne, la puissance et la gloire… » reprend un thème qui revient souvent dans les Écritures, celui de la gloire et de la louange au Christ ressuscité (Ap 5,13).

Par le rite de la paix, les fidèles demandent la paix et l’unité pour l’Église et toute l’humanité, et ils expriment leur amour mutuel avant de participer au même pain. Ici, on se rapporte tout naturellement aux paroles de Jésus : « Si tu présentes ton offrande à l’autel et que là, tu te souviennes que ton frère a quelque chose contre toi, laisse là ton offrande devant l’autel et va d’abord te réconcilier avec ton frère » (Mt 5, 23-24). Et ceci, juste avant de communier.

Nous ne partageons pas la paix que nous pensons pouvoir faire nous-même, mais celle qui vient du Christ et qu’Il nous partage. Cette paix, nous la recevons du Christ comme un don infiniment précieux qui nous transforme et nous rend capables de nous accueillir les uns les autres malgré ou avec nos antagonismes et nos différents.

28 – AGNEAU DE DIEU

Cette expression est un nom très ancien donné au Seigneur Jésus. Le nom laisse entendre que Jésus s’est laissé faire comme un agneau qui se laisse conduire à l’abattoir « sans ouvrir la bouche » (Is 53, 7) et qui prend sur lui les péchés du monde.

Pendant le chant de l’« Agneau de Dieu », après avoir partagé l’hostie en deux, le prêtre laisse tomber dans le calice un petit morceau d’hostie en souvenir de l’époque où on joignait au sacrifice du jour un reste de la messe précédente pour montrer la continuité du sacrifice du Christ.

Puis, le prêtre récite à voix basse une prière qui le prépare à recevoir la communion : « Seigneur Jésus-Christ, que cette communion à ton corps et à ton sang n’entraîne pour moi ni jugement ni condamnation, mais, qu’elle soutienne mon esprit et mon corps et me donne la guérison ».

29 – COMMUNION

Elle a un sens bien connu et très explicite, c’est l’union à Jésus : « si vous ne mangez ma chair et ne buvez mon sang… » (Jn 6). En recevant le Christ, nous sommes incorporés à Lui. Cette nourriture nous convertit : nous croyons l’assimiler, mais, en réalité, c’est elle qui nous assimile. Nous sommes changés en ce que nous mangeons ou plutôt en celui que nous mangeons. Ainsi, nous sommes entraînés à être une offrande-avec-lui au Père, sommet de notre offrande à Dieu. De plus, en communiant au Christ, nous recevons aussi l’Église qui est son corps mystique. Par ce sacrement, le Christ construit son Église.

Dans le haut Moyen-Âge, une célèbre formule disait : « Christus pascit corpus suum ex corpore suo per corpore suum ». Ce qui signifie : « le Christ nourrit son Corps de son Corps et par son Corps » qui peut encore être traduit par « le Christ nourrit l’Église (son corps), à partir de son corps historique (né de Marie et désormais ressuscité) par l’eucharistie (son corps de mystère ou corps mystique) ». Jésus fait grandir son corps ecclésial par son corps sacramentel, ce qui est le message central de la dernière encyclique de Jean-Paul II : « L’Église vit de l’eucharistie ».

Le concile Vatican II a réintroduit le geste en usage à l’époque de Cyrille de Jérusalem (315-386) : « La main droite étendue doit être soutenue par la main gauche qui sert en quelque sorte de trône pour le Roi que recevra la main droite ». L’autre façon, en usage avant le concile, est de recevoir l’hostie directement sur la langue. 

30 – PRIÈRE APRÈS LA COMMUNION

Cette prière nous permet d’exprimer notre action de grâce pour le don reçu et nos demandes pour l’avenir.

31 – BÉNÉDICTION

De « bene dicere » = dire (du) bien : le prêtre demande que Dieu nous fasse du bien. Liturgiquement, ce geste est le symétrique exact de l’accueil du célébrant au début de la messe. Après avoir accueilli son peuple, le Dieu de Jésus-Christ l’envoie en le bénissant. Après le geste d’accueil, c’est un geste d’ouverture.

Cette bénédiction toute simple, fondamentalement trinitaire (« au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit ») est développée pour certaines grandes fêtes où le peuple est invité à répondre par un triple « Amen ».

IV. ENVOI


32 – ENVOI : « ALLEZ DANS LA PAIX DU CHRIST »

« Allez » : Cet impératif vient de la finale de l’évangile de Matthieu « Allez, de toutes les nations, faites des disciples ! »(Mt 28, 19). Ainsi, il y a un lien indissociable entre l’eucharistie et la mission d’évangélisation qui est rituellement signifiée ici et cet envoi par le Christ est aussi un envoi en Lui, et avec Lui. Il nous envoie répandre le bonheur et la paix vécus au cours de la messe.

Sa parole nous accompagne, sa vie est en nous, nous pouvons vivre en chrétiens.

« Commencer » : la messe est terminée, mais tout commence à l’extérieur des murs de l’Église. Notre vie d’enfant de Dieu, nous allons la vivre à l’école, à la maison, au travail, dans notre quartier, etc…. Nous sommes maintenant des messagers de la Bonne Nouvelle de Jésus.

« Envoyés » : en mission par le Christ pour faire bouger le monde, aller vers les autres, donner de la joie, travailler à la paix et au pardon, réaliser le partage, comprendre pleinement les autres, se battre contre le mal, l’injustice, le mensonge, c’est en un mot être chrétien.

ANNEXE : ATTITUDES OU POSITIONS CORPORELLES


Des gestes et des attitudes précis sont nécessaires. La liturgie chrétienne, culte public rendu à Dieu, doit traduire les sentiments propres à la prière que sont l’adoration, la louange, l’offrande, la joie la supplication la demande, etc. Le corps des fidèles exprime ainsi ce que chacun porte dans son cœur et qu’il veut faire connaître et partager à d’autres. Le fait que les gestes et les attitudes soient à peu près les mêmes partout constitue une expression universelle de la même foi et donc, un signe d’unité.

C’est la plupart du temps un geste de politesse ou de respect. A la messe, la station debout a en plus un sens particulier suggéré par la Bible. En effet, pour parler de la résurrection de Jésus, l’évangile emploie le mot « se lever, se relever » : « Jésus s’est relevé d’entre les morts ». Dès lors, se mettre debout signifie, à la messe, qu’on veut participer à la résurrection de Jésus, qu’on veut être comme lui un homme debout, un homme résolu.

A la messe, on est debout, en particulier, pour écouter l’évangile, proclamer le credo, suivre la prière eucharistique. Le corps manifeste alors à ces moments-là le respect du fidèle pour la parole de Dieu, la conviction de sa foi, son adhésion à l’offrande qui est faite à l’autel. Mais, cette attitude nous rappelle essentiellement que la Parole de Dieu et l’eucharistie nous mettent symboliquement debout pour faire de nous des vivants, des êtres libres.

En favorisant l’immobilité, cette attitude facilite le recueillement, la concentration et la méditation. C’est la bonne attitude pour la prière personnelle après l’écoute de la parole de Dieu ou après la communion.

- Joindre les mains marque l’intensité du désir, de la prière.
- Lever les mains pendant l’« alléluia » ou le « Notre Père » exprime la joie et la louange.
- Tendre les mains au moment de la communion montre notre pauvreté et notre attente.
Serrer la main de la personne voisine lors du geste de paix nous permet d’échanger la paix qui vient du Christ.

Cette attitude exprime l’adoration due à la présence réelle du Seigneur spécialement lors de la consécration eucharistique.
Ainsi, toutes les attitudes et tous les gestes sont, à la messe, une forme de prière.
Pendant l’élévation de l’hostie et du calice au-dessus de l’autel, il est souhaitable que tous lèvent le regard vers l’hostie et le calice consacrés au lieu de baisser la tête. C’est pendant la génuflexion du prêtre qu’ils peuvent alors baisser la tête en signe d’adoration.

SOURCES


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